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Xavier Beulin : « L'urgence : accompagner les femmes et les hommes humainement, économiquement et socialement »

Elise Loyer - FDSEA 28
Le 11/08/2016 à 14:26 I 1 commentaire
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Interview de Xavier Beulin au sujet de la crise sans précédent qui touche le monde agricole aujourd'hui.

Quel est votre regard sur la crise des récoltes cette année ?

Il y a plusieurs origines à la crise que traverse l'agriculture, la première est celle liée aux marchés mondiaux qui se sont beaucoup dégradés depuis deux/trois ans impactant, en premier lieu, l'ensemble des productions animales. À cela s'ajoute la récession que connaissent les pays émergents, l'embargo russe, et les conflits dans les grandes régions qui ont des conséquences sur les marchés agricoles. Enfin, le manque de compétitivité de nos filières, je dis bien « filière » dans son ensemble, pèse également. C'est pourquoi, la FNSEA et tout son réseau se sont largement mobilisés depuis deux ans pour les productions animales. Cette année, la cause climatique avec des crues incroyables dans un certain nombre de régions françaises associée à un manque de luminosité ont fini d'endommager et de dégrader la situation de toutes les cultures, des fourrages, des fruits, des légumes et de l'horticulture. Ajoutons également la crise majeure du lait et de la viande bovine qui s'aggrave et touche hélas de nombreux producteurs. 

Quelles en sont les conséquences ? 

À ce jour, on prévoit une baisse d'un tiers de la production végétale, fruits et légumes compris. En horticulture, certains producteurs ont parfois perdu toute une année de travail. La qualité des fourrages pour les éleveurs est aussi très problématique. Crise sur crise, tout cela s'accumule. Les anciens parlaient de 1976 comme de l'année la plus difficile de ce dernier demi-siècle, mais 2016 sera sans doute la nouvelle référence. Imaginez que des exploitations vont perdre la moitié de leur chiffre d'affaires ! 

Vous demandez la mise en place d'un fonds de garantie pour les banques et/ou une année blanche. Pourriez-vous préciser davantage ? 

Au vu des pertes exceptionnelles sur 2016 estimées à plusieurs milliards d'euros et des besoins nécessaires pour redémarrer une campagne 2017, nous sommes en train d'élaborer un plan massif de refinancement des exploitations agricoles qui passerait par les banques. Ce que nous demandons au gouvernement, c'est la mise en oeuvre d'un fonds de garantie et de réassurance des banques, à la hauteur des besoins. Notamment via la Banque publique d'investissement. Pour 2016 et 2017, il faudra impérativement passer par une voie bancaire. Nous ne voulons plus passer par des cellules d'urgence départementale, mais directement par la banque en vue de négocier les taux, les allègements de dettes, les durées d'emprunts... Nous voulons envoyer un signal fort aux paysans. Leur montrer que leurs dirigeants sont à la recherche des solutions les plus adaptées et les plus efficaces. Leur dire que nous sommes à leur côté ainsi que de leur famille. 

Donc ce dispositif bancaire, que vous prônez, correspondrait à une sorte d'année blanche ? 

En gros ça reviendrait à une année blanche. Reconnaissons qu'il y a trois grands groupes d'agriculteurs cette année. Ceux qui ne vont pas trop mal et qui passeront le cap sans trop de difficultés. Ceux qui n'en peuvent plus car faisant face à des endettements très importants ou ne trouvant pas de successeurs. Pour ces personnes en grave difficulté, il faut que l'on puisse répondre, prudemment et dignement, par des mesures sociales d'accompagnement. C'est notre rôle de les aider, s'ils le souhaitent, à sortir du métier de la manière la plus digne possible ou à reconvertir leur activité. Concernant le dernier groupe, c'est-à-dire une grande majorité d'exploitants, ce nouveau coup dur exige des mesures appropriées. Et, je le répète, les aménagements bancaires sont la réponse la plus efficiente. 

Cette crise, causée par les aléas de la nature, pose tout de même la question de l'assurance chez les agriculteurs. Seulement 25-30 % de la profession est assurée... 

Vous avez raison. C'est un sujet de discussion qu'il faut se poser. Sur l'assurance-récolte, il faut que soit pris en compte l'aspect qualité. Ce critère reste déterminant pour que les agriculteurs soient intéressés par cette démarche. Des discussions avec les assureurs sont en cours à ce sujet. 

PROPOS RECUEILLIS PAR ACTUAGRI

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